Où en est PNB fin 2016 ?
PNB à vue de prêts
novembre 2016
Un réseau qui commence à exister
Il y a deux ans, PNB regroupait moins de 10 bibliothèques. Récemment Dilicom annonçait que 100 bibliothèques ou groupements étaient désormais adhérentes à PNB (on peut retrouver la carte complète ici : cartographie PNB). Et d’autres attendaient de les rejoindre. Au départ de PNB, de grandes villes surtout s’étaient lancées. Ce n’est plus le cas, le champ s’est élargi : de petites villes, des BDP, des groupements de ville rejoignent le système. Réseau Carel a essayé de sensibiliser les éditeurs à ces problématiques et à la nécessaire adaptation des offres aux dimensions des adhérents. On estime qu’en 2016 deux cent mille prêts auront été réalisés, ce qui commence à représenter un véritable service.
Les éditeurs reçoivent la visite de Réseau Carel
Réseau Carel a multiplié les visites aux différents éditeurs ou plus exactement aux groupes d’éditeurs et aux distributeurs (souvent nommés pour simplifier « groupes d’éditeurs » ou simplement « éditeurs » dans la suite de ce texte). L’objectif était de présenter les attentes des bibliothécaires. Les éditeurs les connaissaient mal, ce furent de grand moment de pédagogie (pas un ne semblait connaitre la notion de taux de rotation, c’est dire !). Nous avons été reçus, parfois plusieurs fois et écoutés avec intérêt. Une fois nos arguments entendus, les éditeurs ont fixé leurs conditions de manière unilatérale. Certains ont tenu compte de nos observations et recommandations, d’autres ont préféré retenir ce qui ne leur coûtait guère d’accorder. Les pressions sur les distributeurs et internes dans les maisons d’éditions ont sans doute été très fortes.
Le groupe livres numériques de Réseau Carel poursuit ce mouvement d’échanges amorcé en 2014 en rencontrant régulièrement les groupes ainsi qu’en dialoguant avec eux par mail et contacts téléphoniques.
Et Dilicom ?...
Dilicom, dont PNB forme une branche du hub, est au centre des échanges. Réseau Carel est représenté au comité numérique qui se réunit trois fois par an. Les questions qu’on y débat sont d’autant plus techniques qu’elles ne concernent plus que des détails. L’essentiel fonctionne sans panne et sans à-coups. Les bibliothécaires et les libraires notaient une difficulté : passer des commandes nombreuses et avec des titres en multiples exemplaires comportait des ratés importants. Mais la solution a été trouvée : les commandes sont divisées en autant de lignes différentes qu’il y a d’exemplaires. Et tout cela se fait automatiquement.
Le futur chantier technique important qui se dessine est celui de l’expérimentation de la mise en place de la DRM « light » LCP, chantier pour lequel Réseau Carel a entamé des échanges avec les distributeurs, les groupes d’éditeurs, EDRlab (lié à la fondation Readium) et Dilicom. Les échanges préparatoires se déroulent notamment au sein de ce comité numérique de Dilicom mais aussi en dehors, directement avec l’une ou l’autre des parties prenantes. Réseau Carel, qui est membre d’EDRlab, nourrit des espoirs sérieux par rapport à cette nouvelle opportunité tout en restant réaliste car les risques d’échec ou en tout cas les difficultés pour ce chantier sont nombreux. Il s’agira notamment de tenter de convaincre la majorité des acteurs, dont l’ensemble des distributeurs ainsi que les sociétés en charge de liseuses et de logiciels de lecture…
Quand de nouvelles conditions surgissent…
Depuis juin dernier, les éditeurs déjà engagés dans PNB revoient leurs conditions et critères de prêt. Ce mouvement est dû à la fin de la période de test qui autorise les éditeurs à revoir leurs conditions en fonction de l’expérience accumulée pendant un peu plus d’un an. C’était prévu.
L’expérience acquise n’est sans doute pas le seul moteur de ces modifications. Les groupes d’éditeurs ont pris en compte non seulement les desiderata formulés par Réseau Carel mais aussi les demandes des sociétés d’auteurs ainsi que de leurs propres auteurs qui voyaient d’un mauvais œil la simultanéité. Ils ont aussi pris en considération celles de leurs éditeurs (au sein du groupe), des éditeurs qu’ils diffusent et probablement des directeurs de leurs collections de poche qui estimaient que le prêt de livres numériques risquait de rogner leurs tirages. Et sans doute la direction financière et le marketing !
Globalement, les éditeurs ont assoupli les conditions sur les titres de leurs fonds mais en parallèle durci leurs conditions sur les nouveautés par rapport à celles de la période de test. Certains ont certes gommé des critères aberrants (une durée de prêt de 1 an dans le cas d’un groupe, impraticable) mais ils ont en général augmenté le prix par jeton (le seul qui fasse référence, la hausse pouvant atteindre 30%). Ils ont réduit, parfois drastiquement, le nombre de prêts simultanés (certains sont passés de 20 à 5) au risque de faire perdre à PNB sa spécificité. De dures réalités. La plupart se sont toutefois alignés sur une durée de licence (période de validité des droits pour un titre) entre 6 et 10 ans, une augmentation très fortement demandée par Réseau Carel.
Voici, pour affiner, un petit bilan des principaux résultats obtenus jusqu’à présent par Réseau Carel suite aux discussions avec les groupes d’éditeurs :
- un passage de tous à une durée de prêt de 59 jours (au départ certains groupes limitaient à 21 jours !) ;
- un passage de tous à une durée de licence de min. 5 ans (au départ certains groupes proposaient 3 ans voire même 1 an !) ;
- des lots de jetons majoritairement autour de 30 (les plus petits lots permettent aux petites bibliothèques de ne pas prendre trop de risque en acquérant un titre de la longue traîne alors que les grands réseaux peuvent eux acquérir plusieurs lots de ce titre si elles le souhaitent) ;
- une rétractation de deux groupes lorsqu'ils ont voulu monter significativement les prix des nouveautés au printemps 2016 (et n'ont finalement augmenté que marginalement) ;
- une rétractation face au projet d’un groupe de passer ses BD à 5 prêts simultanés (simultanéité in fine fixée à 10) ;
- une différenciation nouveautés/fonds proposée aujourd’hui par plusieurs groupes (au départ aucun groupe ne distinguait, sauf Madrigall, alors que nous recommandions une amélioration des conditions pour la longue traîne, plus difficile à vendre pour les éditeurs et dont la mise en exergue fait partie aussi des missions des bibliothèques) ;
- l'uniformisation des conditions au sein de chaque groupe (Editis était loin de cela avant qu'on les rencontre et le leur recommande ; chaque groupe ayant des conditions différentes des autres une hétérogénéité intra-groupe s’ajoutant à celle entre groupes aurait encore ajouté à la difficulté de lisibilité du catalogue) ;
- une augmentation significative pour certains éditeurs du nombre de titres versés au catalogue PNB par rapport aux titres proposés aux particuliers (même si une des douze recommandations précise qu’il ne devrait pas y avoir d’écart restant).
Un système qui est difficilement lisible
Chaque groupe éditorial / distributeur a réalisé ces modifications sans se référer aux autres. De ce fait, le tableau des conditions est particulièrement complexe étant donné qu’il fait jouer 5 variables selon des logiques différentes : prix, nombre de jetons, durée des droits, simultanéité, durée maximale de prêt (mais presque systématiquement fixée désormais à 59 jours). Le prix est généralement établi par une multiplication du prix grand public, souvent numérique mais aussi parfois papier (pour Madrigall et Iznéo) Les éditeurs ont ainsi procédé pour ne pas être suspectés d’ententes par les autorités de la concurrence tant françaises qu’européennes. Mais aussi pour garder l’autonomie de leur politique éditoriale.
L’estimation d’une offre est donc un exercice difficile pour les acquéreurs débutants. D’autant qu’un même livre peut avoir jusqu’à 3 prix différents dans le temps et que pour parvenir à déterminer le moins cher, il convient de disposer d’une bonne interface libraire. Réseau Carel conseille aux bibliothèques d’exiger de leur libraire que les conditions de prêts figurent sur leur site (et idéalement le coût unitaire du jeton également, en sus du prix du titre), à la page de commande de chaque livre, en même temps que le prix. Ainsi, « 15 25 5 7 » signifie 15 euros, 25 jetons, 5 simultanés, droits de 7 ans. Information a minima, sans quoi le travail des acquéreurs peut devenir un enfer. Il semble que ce message soit bien passé auprès des libraires.
A contrario, cette souplesse de choix des conditions pour les groupes dans PNB a très vraisemblablement constitué un facteur important d’adhésion des éditeurs au projet. Des conditions trop rigides auraient sans doute fait fuir certains groupes. Même si on peut regretter que tous les éditeurs n’y soient pas et que certains éditeurs ne mettent pas tous leurs titres, le catalogue comporte néanmoins aujourd’hui environ 130.000 titres ce qui en fait de très loin le plus important de toutes les offres d’ebooks aux bibliothèques.
Le pouvoir des bibliothèques
A ce stade, aucun éditeur n’a désiré se retirer de PNB. Les rencontres organisées par Réseau Carel ont montré un véritable intérêt. Bien entendu les bibliothèques, en l’absence d’un droit de prêt numérique, ont peu de pouvoir sur les éditeurs.
Outre le fait de comparer les éditeurs entre eux sur leurs conditions, le seul « levier » qui puisse être efficace passe par Réseau Carel qui peut déconseiller à ses adhérents une offre chez tel ou tel groupe dont les conditions lui paraissent inacceptables, du point de vue du prix ou des autres paramètres. Ces recommandations ont pour conséquence, pour les bibliothèques, de ne pas faire figurer dans leurs catalogues des titres émanant de certains éditeurs : une décision lourde. Mais c’est la seule qui puisse avoir un poids décisif.
Sera d’ailleurs prochainement publié le tableau des conditions des différents groupes et des recommandations de Réseau Carel aux acquéreurs par rapport à leurs offres sur notre site. Surveillez notre compte Twitter ! (@reseaucarel)
…et les 12 recommandations du ministère ?
Les éditeurs ne font pas figurer dans leur offre PNB la totalité des livres qu’ils offrent au grand public comme ils s’y sont engagés en signant les 12 recommandations sous l’égide du Ministère de la Culture. L’écart est parfois important. Une évolution positive est toutefois observée, même si c’est parfois pour des raisons techniques : il est plus compliqué pour un éditeur de faire deux offices différents (grand public et PNB). Cependant Réseau Carel met en observation les éditeurs pendant quelques mois et publiera la liste de ceux qui ne tiennent pas leurs engagements.
Un cas unique : Hachette
Une seule offre se différencie radicalement des autres, celle du groupe Hachette. Il y a peu de perspective de la voir évoluer étant donné qu’elle est fixée par ce groupe pour le monde entier. C’est la seule qui ignore totalement la simultanéité. Elle prétend compenser par la cession de droits sans limite de durée : c’est un avantage qui est sans doute en partie trompeur car après 8 à 10 ans les livres ont souvent « fini » leur vie (romans ou documentaires), même si les bibliothèques portent aussi la longue traîne auprès de leurs publics.
Cette offre se caractérise aussi par un prix très élevé la première année : 45 euros environ, soit trois fois le prix d’un livre numérique grand public. Si ce livre est acquis au 10ème mois de la nouvelle année, cela fait cher les deux mois restants. En effet, le prix après un an ou après la parution du poche se rapproche alors des conditions de leurs confrères car après un an le prix passe à 1,5 fois le prix public et lors du passage en poche le prix est calculé sur base du prix public du poche cette fois (ce qui fait deux décotes, dans un ordre qui peut changer). Réseau Carel déconseille l’achat de nouveautés pour les éditeurs d’Hachette tant ces conditions semblent difficilement acceptables pour les bibliothèques. En revanche, il s’agit d’un modèle pérenne plutôt intéressant par rapport à la longue traîne, pour laquelle la simultanéité n’apparaît pas aussi importante.
La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) s’invite dans les débats
Dans une décision du 10 novembre 2016, la CJUE (cour de justice de l’Union Européenne) reconnait un droit de prêt numérique aux bibliothèques, ce qu’avec Eblida, Réseau Carel revendiquait !
Mais attention : elle établit une assimilation complète du livre numérique au livre papier (pas de simultanéité !), ce droit de prêt est sous condition d’une juste rémunération des auteurs et le prix n’est pas fixé. Les bibliothèques peuvent-elles d’ores et déjà faire leur marché ? Le Ministère ne le pense pas et la règle est que cette décision soit reprise par la loi française, pas d’application directe. Un long temps à prévoir pour voir le travail législatif réalisé ! Chaque partie va faire valoir son point de vue ! PNB reste une solution d’avenir, basée sur la simultanéité, plus souple.
Et Harry Potter ?
Madrigal distribue les tomes des Aventures d’Harry Potter qui restent la propriété, même pour les éditions françaises de Pottermore. Et Pottermore aime les bibliothèques ! Qu’on en juge : 52 jetons pendant 2 ans, sans simultanéité et avec une durée de prêt de 21 jours maximum (alors que de nombreuses bibliothèques paramètrent le prêt à un mois). Sans perdre un jour pour raison technique, il faut faire des prêts de 15 jours pour pouvoir prêter les 52 jetons. Si le système de la bibliothèque est paramétré sur 3 semaines ou un mois comme ils le sont tous, des jetons fantôme auront donc été acquis ! Réseau Carel voit dans cet exemple un dévoiement d’un système dont l’équilibre initial, tel qu’il fut présenté par le CNL et le ministère de la Culture, parait ainsi bien compromis. Et chaque agent de chaque auteur va-t-il y aller de ses conditions? Réseau Carel a fait savoir à Pottermore via Madrigal ce qu’il fallait penser de telles offres.
D’autres rubriques sur le site vous donneront l’intégralité des données techniques. Il nous paraissait important de donner une vue vivante de PNB tel qu’il se construit. Tout va très vite. Aussi nous reviendrons rapidement pour vous donner les dernières informations.